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Tête maorie : les dessous d'une numérisation

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Apollyôn
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Tête maorie : les dessous d'une numérisation

Message par Apollyôn le Lun 23 Mai - 16:47



Comment garder la trace d'une tête qui ne doit être ni photographiée ni manipulée? Une équipe a répondu à cette demande inédite de numérisation de la tête maorie avant sa restitution par le musée de Rouen.



Lorsque la tête maorie conservée au Muséum d’histoire naturelle de Rouen a été remise aux mains des représentants maoris le 9 mai dernier, aucune photographie de la tête tatouée elle-même n’a été diffusée. Et pour cause : les Maoris ne veulent pas que ce vestige humain momifié soit pris en photo, pour des raisons culturelles. Afin de conserver une trace de cette tête de guerrier destinée à terme à être inhumée en Nouvelle-Zélande, la direction du Muséum de Rouen a donc décidé de garder un double numérique de cette tête.

Les photographies étant interdites, le dessin étant trop subjectif, la modélisation était la seule et la meilleure solution pour répondre aux besoins scientifiques tout en respectant les demandes des Maoris. «Avec la modélisation, nous ne sommes pas dans le réel, explique Sébastien Minchin, le directeur du Muséum de Rouen. Ce n’est pas une image, c’est du virtuel : nous n’avons pas piégé l’âme du guerrier maori».

Pour mener à bien la reconstitution numérique, le cabinet de géomètres experts AFT Archéologie a mis au point une technique particulière. «Nous n’avions pas le droit de toucher la tête, précise Sébastien Varea, co-fondateur du cabinet. Nous ne voulions pas non plus prendre le risque d’utiliser un laser qui puisse abîmer la peau ». L’IRM utilisée pour étudier les momies égyptiennes fournit une bonne image de l’intérieur mais l’enveloppe extérieure est floue, précise Sébastien Varea. Or dans le cas présent ce sont tous les détails extérieurs qui devaient être capturés avec la plus grande précision.

Après plusieurs essais, Varea et ses collègues ont conçu un dispositif spécifique. Ils ont couplé deux techniques : la photogrammétrie et la lasergrammétrie. «Nous avons mis au point un référentiel extérieur de points fixes –une grille de calibration- pour guider les mesures, tandis que deux appareils photos prenaient des images des lignes laser mais pas de la tête elle-même, explique le géomètre. Nous obtenons ainsi un relevé de 10 milliards de points et une précision finale au dixième de millimètre ». Même l’intérieur de la tête a de fait été scanné, permettant ensuite de réaliser des coupes virtuelles pour mieux l’étudier.

«Finalement la modélisation permet d’avoir plus d’infirmations que la tête elle-même, sur laquelle nous avions peu de connaissances» constate Sébastien Minchin, qui avait pris le parti il y a plusieurs années de traiter cette tête maorie comme un vestige humain et non pas comme un objet patrimonial comme les autres. Elle n’était donc pas exposée et très peu étudiée.

La précision du double numérique révèle les différences entre les vrais tatouages –qui ont motivé le cruel commerce de ces têtes maoris au 18ème et 19ème siècle- et les faux tatouages. Réalisés post-mortem, ils ne portent pas la marque de la cicatrisation de la peau mais ont sans doute été ajoutés pour augmenter la valeur marchande de la tête. Cette meilleure connaissance de la tête pourrait aider le musée Te Papa de Wellington à retrouver l’origine de ce guerrier. «Les Maoris considèrent que l’âme n’est pas en repos tant que la tête n’est pas enterrée avec le corps dans sa terre natale» explique le directeur du Muséum.




source : http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/archeo-paleo/20110517.OBS3326/tete-maorie-les-dessous-d-une-numerisation.html
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