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Les Incas. L'empire des quatre parties du monde

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Macha
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Les Incas. L'empire des quatre parties du monde

Message par Macha le Sam 26 Mar - 14:44

Première partie

Les Incas. L'empire des quatre parties du monde
Carmen Bernand

Détruit au XVIe siècle par les conquistadores espagnols, l’Empire inca continue de faire rêver…Que sait-on de lui ?

Les Incas ont eu le génie du politique. En quelques décennies, ils ont bâti un empire sur un espace immense constitué de zones écologiques très différentes. Un empire qui, comme son nom de Tawantinsuyu – « les Quatre Quartiers » – l’indique clairement, contenait les quatre parties du monde connu.

Cette prétention était justifiée, puisque l’empire couvrait une grande partie de l’Amérique méridionale. Du nord au sud, son territoire allait de la Colombie actuelle (Pasto) jusqu’au centre du Chili ; à l’ouest, il englobait les chefferies côtières du Pacifique ; à l’est, ses armées ont pénétré dans le Piémont amazonien jusqu’au territoire do Acre, situé aujourd’hui dans les confins du Brésil, bravant ainsi un habitat hostile pour des montagnards habitués aux grandes altitudes.

L’expansion impériale, entre mythe et histoire

Cette expansion, que l’on peut dater du milieu du XVe siècle, n’a pas été le fruit de la volonté d’un souverain, en l’occurrence Pachacutec Inca, ni la conséquence directe de sa victoire contre les Chankas, comme l’affirment les mythes. Nous savons aujourd’hui que dès le XIe siècle, la chute de l’Empire de Wari*, dont le principal poste avancé dans la vallée de Cuzco était Pikillacta, fut suivie d’une réorganisation politique des divers peuples de la région. Parmi eux se trouvaient les Incas. Par des stratégies matrimoniales, ils réussirent à s’allier à d’autres groupes ethniques, créant ainsi un noyau militaire et des bases économiques solides, sans lesquelles ils n’auraient pas pu entreprendre de si lointaines conquêtes.

Lorsque les chroniqueurs espagnols du XVIe siècle interrogèrent les élites péruviennes au sujet de leurs origines, ils recueillirent deux versions canoniques. La première affirmait que les premiers ancêtres étaient sortis par une « fenêtre » de pierre ou par une grotte, dans le lieu-dit de Tampu Tocco, près de Cuzco. L’autre version disait que les Incas étaient originaires d’une île du lac Titicaca, à proximité des ruines de Tiwanaku*.

Les récentes découvertes archéologiques, les analyses ADN et l’apport d’une source rédigée au XVIIe siècle par Fernando de Montesinos à partir de documents plus anciens semblent plutôt indiquer une origine aymara. Lorsque la cité de Tiwanaku implosa, sous l’effet de conflits et d’aléas climatiques, quelques groupes aymaras émigrèrent vers le nord et s’installèrent dans la vallée de Cuzco. Ces migrants auraient été incorporés dans la seigneurie de Tampu Tocco. Vers 1350, Inca Roca, dernier souverain de Tampu Tocco, fonde à son tour la dynastie de Hanan Cuzco, celle des Incas.

Cependant sur les listes dynastiques fournies par les chroniques du XVIe siècle, Inca Roca est bien le premier roi de Hanan Cuzco mais le sixième dans l’ordre généalogique. En effet, Manco Capac et ses quatre successeurs, que les récits considèrent comme étant des Incas, appartiennent à la moitié Hurin Cuzco, qui regroupe des populations locales, liées par des alliances matrimoniales aux Incas. Il faut attendre Pachacutec Inca, « Celui qui ébranle le monde », pour que, au terme d’une opération éminemment politique, les Hurin Cuzco soient reconnus comme des Incas « de privilège » et que, par cet acte, les discordes anciennes soient effacées, au profit des Incas véritables, les Hanan Cuzco.

Cette décision implique une réécriture de l’histoire qui va de pair avec la destruction des supports matériels des traditions anciennes. Les Aztèques du Mexique, vers la même époque, et dans une même intention, ont brûlé les codex anciens. La nouvelle histoire du Tawantinsuyu s’écrit avec les armes et trouve sa légitimité dans la « générosité » des vainqueurs. L’intégration des ethnies andines dans la pax incaica se sert des mécanismes de la réciprocité et de la redistribution, typiques de toute la région andine. Une série de rituels entre conquérants et conquis, comme le don de tissus précieux et des libations, scellent ces liens. Les peuples récalcitrants sont anéantis.


La route, le tribut et le pouvoir

La colonne vertébrale de cet empire est la route. Déjà à l’époque de Wari (et peut-être dans un temps plus ancien), des voies de circulation avaient été tracées, mais les Incas leur donnèrent une extension inédite jusque-là, et les perfectionnèrent pour en faire l’instrument de leur pouvoir et unifier un ensemble ethnique disparate. Le réseau routier inca comporte deux axes principaux longitudinaux qui unissent la région de Pasto avec le Chili et sont reliés entre eux par une multitude de routes secondaires.

Ce système relève d’un multiple défi. Topographique d’abord, puisque les chemins parviennent à vaincre un relief des plus âpres, avec des dénivellations de plus de 3 000 mètres et des torrents et des fleuves larges et tumultueux comme l’Apurimac qu’il faut franchir. Défi technique aussi, car pour aplanir les pentes et tracer des chaussées, souvent de grande largeur, les populations ne disposent que d’outils simples comme les cordages, les filets, les bâtons de bois et les haches de pierre, le fer leur étant inconnu. Défi politique nécessairement, puisqu’il faut convaincre les populations de travailler pour le bénéfice de la collectivité. Défi intellectuel enfin, puisque les Incas ne connaissent pas l’écriture mais seulement un système mnémotechnique, fait de cordelettes et de nœuds, le quipu, où sont consignées des quantités et des classes d’objets. Des maquettes en argile permettent cependant de concevoir des formes, qu’il fallait ensuite reproduire à l’échelle réelle.

Les quatre grandes voies qui mènent aux quatre provinces de l’empire, Chinchasuyu, Collasuyu, Antisuyu et Cuntisuyu, partent de Cuzco, la capitale. La chaussée est faite de pierres taillées, soigneusement assemblées ; elle est entretenue avec soin et à des intervalles réguliers se dressent des tambos, sorte d’auberges où les chasquis (messagers) peuvent se rafraîchir et se reposer. Ces courriers se relaient au pas de course, et peuvent ainsi couvrir rapidement des distances considérables. Les routes sont également les voies de pénétration des armées.

Note sur l'auteur :Carmen Bernand est anthropologue et historienne, professeure émérite à l’université Paris-X
Elle est l'auteure de différents ouvrages, notamment " Les Incas, peuple du Soleil" réédité en 2010 dans la collection "Découvertes" chez Gallimard. Son dernier livre "Quetzalcoatl, le serpent à plumes" est sorti en 2010 chez Larousse.
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Macha
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Re: Les Incas. L'empire des quatre parties du monde

Message par Macha le Sam 26 Mar - 14:54

Deuxième partie

La langue, le soleil et les morts

Les récits recueillis au XVIe siècle attribuent la création du réseau à l’Inca Pachacutec, le Grand Rénovateur, Fils du Soleil et roi sacré. C’est lui qui, en se déplaçant le long d’une chaussée construite expressément pour lui, l’« ouvre » et s’approprie symboliquement le territoire, selon une conception du pouvoir que l’on retrouve dans d’autres empires antiques. Quand, à son tour, son fils Tupac Inca part en campagne, il « ouvre » en direction de Quito un nouveau chemin, à une distance proche de celui qui avait été « ouvert » par son père, et qui est désormais désaffecté. De cette voie magnifique qui rejoint Tomebamba, dans l’Équateur actuel, ni les vivres ni les hommes ne manquent ; les témoignages s’accordent pour dire que plus de 200 000 personnes étaient occupées à l’entretien de la chaussée et le ravitaillement des tambos. Le fils de Tupac Inca, l’Inca Huayna Capac, exige qu’on lui construise « un chemin royal encore plus large et plus long que celui de son père », jusqu’à Quito. À chaque changement de règne, on construit donc de nouvelles voies pour de nouvelles conquêtes, laissant à l’abandon le quadrillage ancien ou le réservant à des personnes de rang secondaire.

Les chemins sont construits par les communautés riveraines selon les modalités de la mita, service personnel et périodique imposé par l’Inca aux populations en échange de la protection militaire, économique, symbolique et religieuse. Une fois que le roi a décidé d’un tracé, les inspecteurs se rendent dans les provinces concernées, indiquent l’orientation de la voie, et déterminent le nombre de sujets qui doivent s’atteler à la tâche. Chaque province fait un bout de chaussée et le travail collectif par rotation est accompli « dans la joie ». La musique rythme les corvées pour invoquer les puissances telluriques et donner des forces aux travailleurs ; les repas en commun introduisent une note de gaîté. Mais il y a beaucoup d’autres services exigés aux riverains, comme le portage, la pose des bornes, l’approvisionnement des tambos, l’entretien de la chaussée et des messagers. Toutes ces tâches relèvent de la mita.

La route sert aussi à estimer le tribut que chaque province doit payer. Depuis Cuzco, le souverain envoie des personnes de sa maisonnée pour inspecter les quatre grands chemins qui partent de la capitale. Village après village, ces inspecteurs évaluent les ressources des uns et des autres et ajustent les services obligatoires à leurs possibilités. L’Inca convoque ensuite les seigneurs ethniques et « leur parle avec amour ». Bien évidemment, s’ils n’acceptent pas sa « protection », les sanctions seront terribles.

Par temps de paix, l’Inca visite son royaume sur une chaise couverte de tissus percés qui laissent passer l’air et lui permettent de voir le monde extérieur sans être vu. Par cette visite, le souverain renouvelle l’allégeance des seigneurs et se montre dans sa toute-puissance, accompagné de ses guerriers. Chaque province a la charge de nourrir à tour de rôle la colonne royale mais, comme les guerriers sont très nombreux, on recourt aussi aux vivres entreposés dans les greniers de l’État. Une fois achevée sa visite, l’Inca rentre à Cuzco.

Sur un territoire où la diversité linguistique était grande, les Incas imposent une langue générale issue du quechua, sans interdire pour autant les idiomes vernaculaires. L’homogénéisation linguistique va de pair avec l’imposition du culte du Soleil, placé au-dessus des divinités locales. Chaque communauté doit travailler les terres destinées à la religion de l’État et produire toutes sortes de denrées, notamment du maïs et de la coca. Les communautés fournissent également des matières premières précieuses (or, bois, pierres) et des artisans, chargés de la fabrication des objets liés aux rites, comme les tissus, ou les vases destinés aux libations.

À Cuzco, où se dresse le merveilleux Temple du Soleil recouvert de planches d’or, les seigneurs régionaux se rendent tous les ans avec leurs huacas – objets matériels incarnant leurs ancêtres respectifs – en guise d’obédience. Du Temple partent également 42 lignes virtuelles, ou ceques, qui relient 328 sanctuaires ou huacas, dont les desservants sont choisis en fonction de critères politiques et de catégories de parenté.


La fragilité de l’autorité inca

De même, les Incas transforment à leur avantage la pratique millénaire de la momification des corps des ancêtres en imposant le culte de leurs momies, conservées dans le Temple du Soleil mais promenées et nourries lors des grandes festivités annuelles. Ces corps sont dotés de terres, de serviteurs et de femmes, les mamacuna, choisies dans les communautés de l’empire et vouées à l’élaboration de la bière de maïs et au tissage. Enfin, lors de la naissance ou de la mort d’un souverain, mais aussi à l’occasion d’un événement majeur (victoire militaire ou cataclysme), on célèbre le rituel de la Capac Ucha qui culmine dans le sacrifice d’enfants choisis pour leur beauté dans toutes les provinces et communautés de l’empire. L’homogénéité idéologique de l’empire est indispensable à son maintien.

Et pourtant, l’emprise des Incas sur un territoire aussi démesuré s’est avérée fragile. En 1526, le dernier Inca de Cuzco, Huascar, monte sur le trône, réalise encore quelques conquêtes mais entre en guerre contre son demi-frère Atahualpa, qui s’est proclamé Inca à Quito. Ce conflit favorise incontestablement la conquête du Pérou par Francisco Pizarro en 1532. Les Espagnols, qui ne dépassent pas les 177 hommes, reçoivent l’aide de populations intégrées de force dans l’empire, mais désireuses de s’en affranchir. L’effondrement de l’Empire inca, dont le dernier bastion est détruit en 1571, sonne le glas des Incas, de leurs momies et du culte solaire. Mais les cultes locaux des huacas perdurent encore dans les Andes, montrant ainsi leur enracinement millénaire.

Mots-Clés

Tiwanaku
La culture de Tiwanaku se développe autour de la ville du même nom, vers 500 de notre ère, aux environs du lac Titicaca. Le site principal était caractérisé par son architecture monumentale, dont la pyramide Akapana, le temple Kalasasaya, des monolithes et la célèbre Porte du Soleil. L’expansion de cette civilisation a concerné le sud du Pérou actuel (région de Moquegua), Atacama et, à l’est, la région de Cochabamba (Bolivie actuelle). Vers le Xe siècle, les colonies de Moquegua furent dévastées par des armées venues du nord (probablement de l’Empire wari). Les conflits avec les peuples voisins et la longue sécheresse qui a sévi au XIe siècle ont provoqué l’effondrement de Tiwanaku, dispersant les habitants et facilitant des recompositions ethniques dans la vallée de Cuzco.

Wari
L’Empire wari apparaît vers 750 de notre ère dans la région de Huamanga (Ayacucho) et s’effondre vers l’an 1000. Son influence s’étend jusqu’à la région de Cajamarca dans le nord, sur les chefferies de la côte (notamment à Nasca) et dans la vallée de Cuzco, comme le montre le site actuel de Pikillacta. On trouve dans la civilisation wari les principaux éléments qui caractériseront plus tard l’Empire inca : constructions massives, tracé routier, cultures en terrasses, personnage emblématique du dieu aux bâtons, lié à la fertilité et emprunté à la civilisation Tiwanaku.

L'Empire inca à son apogée entre 1493 et 1527

L'Empire inca contrôle l’essentiel de la cordillère des Andes. Rayonnant depuis Cuzco,
capitale dite « nombril du monde », les routes en forment la colonne vertébrale

- L'or des incas.
Le fabuleux Temple du Soleil de Cuzco, dont les murs étaient recouverts de planches d’or, a fasciné bien des esprits, depuis les conquistadores jusqu’à Tintin et Indiana Jones. Un disque en or massif représentait l’ancêtre des Incas, et se trouvait dans la pièce principale avec les momies royales. Lors de la prise de Cuzco par les troupes de Francisco Pizarro en 1535, il échut à un conquistador qui le joua aux dès et le perdit aussitôt. Les planches, les pièces d’orfèvrerie si délicates, le zoologique doré, les épis de maïs reproduits dans ce métal, furent arrachés de leurs supports et fondus en lingots pour être expédiés en Espagne.

Ces richesses colossales nourrirent des légendes diverses dès 1536. Une rumeur persistante se répandit selon laquelle les derniers Incas avaient caché leur trésor. On parlait d’une cité merveilleuse enfouie dans la forêt amazonienne où les Incas survivants s’étaient retirés avec leur or. Cette ville est tantôt repérée dans les Guyanes (Manoa), ou bien à l’est du Pérou (Paititi). D’autres bruits rapportaient que des prêtres auraient jeté de nombreuses pièces en or au fond des lacs, ou qu’ils les auraient cachées dans des grottes. Aujourd’hui encore, la recherche de ces trésors alimente les espoirs des aventuriers et des paysans dans toute la Cordillère des Andes, même si la rumeur qui a fait naître cette légende précise aussi que celui qui découvrirait l’or des Incas serait frappé de mort.

Carmen Bernand

Je vous recommande également la lecture des 4 autres fiches additives rédigées par Carmen Bernand :

- La généalogie canonique des Incas.
- Les deux versions des dynasties incas.
- L'idéalisation d'une civilisation.
- Le crépuscule d'un empire.


http://www.scienceshumaines.com/les-incas-l-empire-des-quatre-parties-du-monde_fr_26985.html

(Source : Cahier des Sciences humaines)
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