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La rationalité de la science est-elle inversement proportionnelle à l’importance émotionnelle du sujet étudié ?

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Schattenjäger
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La rationalité de la science est-elle inversement proportionnelle à l’importance émotionnelle du sujet étudié ?

Message par Schattenjäger le Lun 10 Aoû - 19:06

Le XXIe siècle sera, dit-on, le siècle de la technologie et de la connaissance. Un peu partout dans le monde existent des centres de recherches d’excellence, travaillant sur la biologie moléculaire, l’ingénierie génétique, le cancer, les maladies neurodégénératives, les sciences cognitives, la psychologie, la physique quantique, les nanotechnologies ou l’aérospatiale. Il semble qu’aujourd’hui, la raison, la science et la connaissance éclairent les progrès de l’humanité.

Pourtant, on remarque que certains sujets ne font guère l’objet de recherches scientifiques. Par exemple, quels sont les laboratoires spécialisés dans l’étude du rire ? Moins de dix articles scientifiques par an concernent ce sujet. Quels sont les instituts spécialisés dans l’étude pluridisciplinaire du comportement parental chez l’être humain ? Quelles sont les structures dédiées à l’étude de la sexualité ? Il en existe quelques-unes, comme le Kinsey Institute ou l’Université du Québec. Mais leurs recherches sont plutôt focalisées sur les aspects médicaux ou sociaux de la sexualité (SIDA, MST, violences sexuelles …). Quelles sont les équipes spécialisées dans la recherche sur la joie, qui est pourtant une des émotions primaires de l’être humain ? Et le bonheur ? Quelles sont les organismes institutionnels en charge de comprendre et de promouvoir un des états les plus positifs de la psyché humaine ? Et surtout, quelles sont les grandes institutions scientifiques, constituées de centaines de chercheurs et de moyens technologiques conséquents, dont l’objectif est de rassembler toutes les recherches et toutes les connaissances pluridisciplinaires qui concernent l’être humain, afin d’élaborer des modèles de compréhension globaux et généraux ? Ensuite, au niveau social, où sont les écoles expérimentales, où des équipes pluridisciplinaires recherchent et expérimentent, avec le meilleur de nos connaissances et de nos technologies, les structures et les organisations pédagogiques de demain ? Bien qu’il existe des laboratoires de sciences de l’éducation, leurs thèmes de recherche sont essentiellement axés sur l’étude du fonctionnement actuel de l’école, les effets des politiques publiques, ou la comparaison inter-pays des systèmes scolaires existants. Où sont les centres d’expérimentation sociale, où l’on expérimente concrètement des nouvelles formes d’organisation de la vie sociale ? Quelles sont les entreprises expérimentales, où sont menées des recherches concrètes sur les différents types d’entreprise, les modes d’organisation du travail, le management, l’ergomotricité, en fonction du nombre d’employés, de la technologie ou du type de production ? Quels sont les centres de recherche dont l’objectif est, à partir de l’étude des économies marchandes, non marchandes, domestiques ou solidaires, de trouver pour demain de meilleurs types d’organisation économique ? Certes, il existe des sciences économiques, mais elles étudient essentiellement les systèmes et les structures économiques du passé et contemporains. Où se trouvent les centres d’étude politique dont l’objectif est d’améliorer les moyens d’organisation et de fonctionnement des groupes sociaux ou des sociétés ? La démocratie serait-elle la meilleure (ou la moins mauvaise) forme de gouvernance ? Serait-elle, comme le soutient Fukuyama, la fin de l’Histoire ? Où sont les Institut d’axiologie, qui étudient les différents systèmes de valeurs des sociétés humaines ? Quels sont les instituts de recherche pluridisciplinaire sur les religions et le phénomène spirituel ? De surcroît, on observe que lorsqu’il existe des études ou des expériences sur ces sujets, elles proviennent rarement d’une institution, mais résultent d’initiatives personnelles. Pour exemple, on peut citer Provine pour l’étude du rire, Csikszentmihalyi pour la recherche sur le bonheur, Seligman pour la psychologie positive, Freinet ou Montessori pour des pédagogies nouvelles, Godin pour l’expérience sociale du familistère, ou Soleri pour la ville expérimentale d’Arcosanti.

Pour quelles raisons ces sujets ne font-ils que rarement l’objet d’études scientifiques ? Même si certains de ces thèmes peuvent être considérés comme d’importance mineure ou trop complexes pour être soumis à l’investigation scientifique, on remarque pourtant que la plupart sont fondamentaux. Le rire et la joie sont des caractéristiques basiques de l’être humain. Les comportements sexuel et parental sont essentiels à la reproduction de l’espèce. Le bien-être et le bonheur sont des facteurs déterminant de la santé psychique. L’école et l’éducation ont une influence déterminante sur le devenir des personnes. La forme de l’organisation sociale influence de manière déterminante le quotidien de toutes les personnes. Les formes d’organisation du travail ont des conséquences majeures sur la vie des travailleurs. Le type d’organisation économique et politique influence la dynamique sociétale, tandis que les valeurs et les pratiques spirituelles peuvent modifier les choix de vie de populations entières.

Cette analyse met en évidence un paradoxe : au siècle de la technologie et de la connaissance, les sujets qui apparaissent comme les plus importants ne semblent pas être des thèmes privilégiés de recherche.

Alors, pour quelles raisons ces sujets fondamentaux ne sont-ils pas étudiés avec des moyens comparables à ceux mis en place, par exemple, pour la recherche aéronautique, spatiale ou militaire ? Est-ce dû au fait que l’élaboration du savoir scientifique est une activité récente, qui n’est pas encore arrivée à maturité ? Ou bien pour éviter les dérives scientistes, symbolisées par l’archétype du "meilleur des mondes" ? Ou encore parce que ces recherches sont irréalisables et relèvent des utopies sociétales ?

Mais la principale raison est peut-être que la plupart de ces sujets importants sont en relation directe avec des aspects "existentiels" de l’être humain : sa manière de vivre, ses habitudes, ses intérêts, son identité, ses croyances et ses valeurs. Parler de ces sujets "sensibles", les remettre en question, les étudier rigoureusement, n’implique-t-il pas de prendre des risques ?

Par exemple, ne risque-t-on pas en étudiant l’agression de mettre en évidence qu’elle est peut-être, d’après les travaux de Conrad Lorenz (1), une tendance naturelle et spontanée des mammifères ? Et qu’ainsi toute personne, même sans être antisociale ou psychopathe, peut être à l’origine de violences et de cruauté ?

Ne risque-t-on pas en étudiant le comportement parental de découvrir que ce comportement ne serait peut-être pas inné, qu’il n’existerait que quelques réflexes élaborés ne permettant que la survie physiologique, et que la quasi-totalité des actes éducatifs sont à apprendre ? Ne risque-t-on pas de découvrir, comme le suggère l’étude récente d’Anne Tursz (2), que ce sont les parents, et surtout la mère, qui sont les principaux auteurs de violences sur les enfants ?

Ne risque-t-on pas en étudiant le comportement sexuel de découvrir, comme semble l’indiquer les recherches d’Anders Agmo (3), que l’hétérosexualité serait peut-être davantage une construction culturelle qu’une réalité biologique ?

Ne risque-t-on pas en étudiant l’être humain de s’apercevoir qu’il n’a peut-être pas été optimisé par la sélection naturelle, mais, comme le suggère François Jacob (4), qu’il est seulement un organisme imparfait, résultat du "bricolage de l’évolution" ?

Ne risque-t-on pas en étudiant les formes d’organisation sociale, d’observer que peut-être certaines combinaisons d’organisation communautaire et/ou collective, tel par exemple le cohousing (5), pourraient avoir un intérêt économique, social et éducatif peut-être supérieur à l’organisation familiale ?

Ne risque-t-on pas en étudiant la structure scolaire de mettre en évidence que l’enseignement est peut-être trop axée sur les savoirs et les savoir-faire, et que tout ce qui concerne l’être (état de santé, de bien-être, de satisfaction des besoins psychiques primordiaux ...) et le savoir-être (contrôle émotionnel et comportemental, gestion des conflits, responsabilisation, actions prosociales...), n’est pas suffisamment abordé ?

Ne risque-t-on pas en étudiant les modes de production économique de mettre en évidence que peut-être l’ultralibéralisme a des coûts écologiques et humains majeurs, tandis que des économies coopératives et solidaires seraient plus en accord avec les valeurs humanistes revendiquées par nos sociétés ?

Ne risque-t-on pas en étudiant les valeurs de découvrir que certaines pourraient être ethnocentrées, telle par exemple la propriété privée dont le concept même n’existe pas dans certaines sociétés ? Ne risque-t-on pas de prendre conscience que peut-être les déterminismes biologiques, psychobiologiques, expérientiels, sociaux et culturels rendent illusoire le concept de "liberté" ? Ou de découvrir, comme le suggère l’exemple récent du changement social relatif à l’avortement, que des valeurs fondamentales relatives à la vie humaine peuvent changer radicalement en l’espace de quelques années. N’est-il de plus grand risque que de découvrir que ce qui est considéré comme le plus fondamental serait en fait arbitraire ou versatile ?

Enfin, ne risque-t-on pas en étudiant les grandes religions de découvrir que peut-être nous n’avons aucune certitude sur l’existence d’entités supranaturelles, et que le phénomène du vivant ne correspond peut-être qu’à un assemblage transitoire et sans but de molécules ?

En conclusion de cette rapide analyse, il semblerait que tous ces sujets fondamentaux seraient directement liés aux aspects les plus affectifs du psychisme humain : la peur, le renoncement aux habitudes, l’incertitude du changement, la recherche du pouvoir, la défense des intérêts personnels, le besoin de certitudes, l’idéal du soi, les valeurs qui donnent sens à sa propre existence, ainsi que la confrontation avec le néant et la mort.

On peut donc supposer que le peu d’études consacrées à ces sujets majeurs soit dû aux risques encourus. En effet, qui engagerait des recherches pouvant remettre en cause ce qui constitue l’essence même de nos intérêts, de notre identité psychologique et de notre univers social et culturel ? Mais quel est le coût de l’absence de recherches sur des sujets si fondamentaux ?

Serge Wunsch, Docteur en neurosciences cognitives et comportementales.

(1) L’agression : une histoire naturelle du mal. Konrad Lorenz, Flammarion 1993 (2) Enfants maltraités : Les chiffres et leur base juridique en France. Anne Tursz et Pascale Gerbouin-Rérolle, INSERM Lavoisier 2008 (3) Functional and Dysfunctional sexual behavior : A synthesis of neuroscience and comparative psychology. Anders Agmo, Elsevier Academic Press 2007 (4) Le jeu des possibles. François Jacob, LGF - Livre de Poche 1986 (5) http://www.habiter-autrement.org/04...
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