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MALAISIE Des zombies à l'assaut des librairies

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Macha
Administrateur
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MALAISIE Des zombies à l'assaut des librairies

Message par Macha le Mer 24 Sep - 11:08

La maison d’édition Buku Fixi fait sensation en Malaisie. Ses romans de série B plongent dans la réalité urbaine contemporaine. Les jeunes en raffolent, la censure laisse faire.



Si vous allez en Malaisie aujourd’hui, préparez-vous à de drôles d’aventures. Vous pourriez bien croiser des zombies, des adolescents qui trafiquent de la drogue, des préservatifs cannibales venus de l’espace, des terroristes liés à [l’organisation islamiste] Jamaah Islamiyah qui traquent des prostituées thaïlandaises, des gangs de motards sniffeurs de colle, des immigrés sournois, des fonctionnaires corrompus, des imams incestueux et même des fantômes divers et variés. Aucune raison de vous affoler pour autant : vous êtes tombés dans le monde étrange et sauvage de la littérature populaire.

Donner à la Malaisie une mauvaise réputation fait partie du travail de l’éditeur et réalisateur Amir Muhammad, 42 ans. Sa maison d’édition, Buku Fixi, s’est fait un nom avec la série KL noir [KL pour Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie] –, des anthologies de romans et nouvelles publiées en malaisien dans la collection Fixi, en anglais dans la collection Fixi Novo. Elles caracolent en tête des ventes, détrônant des auteurs malaisiens établis. Deux titres ont même été adaptés au cinéma, Pecah, une histoire de braquage, et Zombijaya/KL Zombi. De façon plus générale, les ouvrages de la collection Fixi s’écoulent en moyenne à 8 000 exemplaires, ceux de Fixi Novo à 3 000. Muhammad explique ce succès par le fait que “la fiction populaire offre un rythme effréné” au lecteur malaisien.

Censure

De quoi donner le goût des livres à un pays qui, selon Tan Sri Muhyuddin Yassin, le ministre de l’Education, ne lit pas assez. Buku Fixi a fait irruption dans les librairies en 2011 et ses polars urbains, romans d’horreur et récits de science-fiction lui valent un lectorat passionné. La maison d’édition s’appuie sur une équipe de jeunes auteurs malaisiens et de romanciers étrangers installés dans le pays. Avec la Malaisie pour décor, ces écrivains imaginent des histoires sombres menées à un train d’enfer, qui viennent défier les stéréotypes conservateurs.

Plus important, Buku Fixi montre que les jeunes auteurs musulmans préfèrent donner dans les noires intrigues urbaines que dans la glorification nostalgique de l’ère coloniale, laquelle a les faveurs des auteurs malaisiens plus connus à l’étranger. Le Malaisien Brian Gomez a ainsi écrit Devil’s Place, l’un des titres les plus intéressants de Fixi Novo, un voyage trépidant au cœur de la corruption politique. “Avant, la Malaisie ne proposait que des romans d’amour et des histoires à morale, fait-il valoir. Qui voulait du polar devait acheter des livres étrangers.” Et la censure, toujours prête à mutiler un produit culturel s’il ne se conforme pas aux règles de l’islam ?

Comment les livres de Buku Fixi échappent-ils aux ciseaux du Jakim, le ministère redouté du Développement islamique ? A dire vrai, Muhammad ne semble pas trop se soucier des censeurs. “Quelques campagnes ont été menées contre ma maison d’édition, mais elles n’étaient pas le fait de groupes conservateurs. Elles venaient de gros éditeurs qui avaient constaté un déclin de leurs ventes”, déclare-t-il. Pour Sharon Bakar, une éditrice britannique qui enseigne l’écriture créative à Kuala Lumpur, la popularité et la liberté dont jouit Buku Fixi s’expliquent sans doute par le fait que les Malaisiens lisent peu en général, et pas en anglais.

Distribution dans la rue

De plus, “une fois qu’un livre a fait l’objet d’une plainte officielle du public, il faut normalement un an au Jakim pour le retirer des rayons, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour continuer à faire des vagues”. D’un autre côté, quand les censeurs saisissent un livre, ils en dopent les ventes. C’est ce qui s’est passé en 2010 pour Body2Body : A Malaysian Queer Anthology, recueil de nouvelles LGBT que Matahari Books, la précédente maison d’édition de Muhammad, avait eu le courage de publier. Le patron de Buku Fixi n’est pas un novice quand il s’agit de chatouiller le ventre du dragon. “La censure, en Malaisie comme dans les autres pays, est un moyen de former ou de limiter les idées des gens sur certains sujets. Buku Fixi offre une alternative, quand les autres éditeurs pratiquent tous l’autocensure”, déclare Kris Williamson. Originaire de Floride, il a publié Son Complex, son premier roman, chez Fixi Novo.

L’histoire d’un jeune Américain qui se rend à Kuala Lumpur pour retrouver son père et en savoir plus sur le passé de sa mère, une quête qui ne le laissera pas indemne. “Quand j’écris, je profite de ma position d’étranger initié, explique-t-il. C’est une perspective que peu de personnes ont en Malaisie. J’aime observer les gens : ça me donne toujours une foule de sujets.” Autre défi en dehors des censeurs, l’hostilité des chaînes de librairies affiliées aux grands éditeurs : certaines ont refusé de commercialiser les livres de Buku Fixi parce qu’ils se vendaient mieux que les ouvrages maison. Pour contrer les géants du secteur, Muhammad fait sa promotion et sa distribution dans la rue, et ça marche. “Chaque semaine, nous participons à plusieurs événements, comme des réunions sur des campus ou des braderies organisées devant des restaurants de hamburgers, déclare-t-il.

Amateurs

Aucun grand éditeur n’est prêt à aller au charbon comme ça.” Marc De Faoite est irlandais, écrivain et professeur de yoga, et habite dans l’archipel de Langkawi. Tropical Madness, son premier recueil de nouvelles, vient d’être publié chez Fixi Novo. Ses histoires décrivent “des problèmes évidents que la majorité des Malaisiens et des auteurs vivant en Malaisie sont bien décidés à éviter”, plaide-t-il. De Faoite sait pourquoi Buku Fixi marche si bien : “C’est l’équivalent littéraire du fast-food. Même si les jeunes lecteurs savent qu’ils doivent consommer des légumes verts culturels et lire des auteurs malaisiens plus sérieux et plus conventionnels, par exemple Tan Twan Eng, Tash Aw ou Preeta Samarasan, ils préfèrent des livres peut-être moins nourrissants d’un point de vue littéraire, mais qui ont du goût et ne coûtent pas cher.”


Car l’autre raison du succès de ces livres tient à leur prix : les titres de Buku Fixi sont vendus 20 ringgits [moins de 5 euros] alors que la plupart des livres importés coûtent plus du double. Buku Fixi a assurément le vent en poupe. Et, comme si donner une voix à une fougueuse équipe d’auteurs locaux ne suffisait pas, la maison d’édition a lancé en janvier des traductions en malaisien de Stephen King et de Neil Gaiman, ce qui n’est pas un mince exploit pour un éditeur indépendant d’Asie du Sud-Est. Certains déplorent, certes, que la qualité et l’originalité des romans de Buku Fixi ne soient pas d’un niveau international, mais Muhammad s’en moque. “C’est comme pour le cinéma : si on interdisait toute la production amateur, il n’y aurait plus de cinéma en Malaisie.” De fait, si des amateurs peuvent dynamiser l’édition locale et satisfaire les appétits d’un nombre croissant de jeunes lecteurs, qu’on leur cède donc le devant de la scène.
Publié le 15 juillet 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/09/24/des-zombies-a-l-assaut-des-librairies?page=all
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